Il suffit parfois d'entrer chez quelqu'un pour en apprendre davantage sur lui. Certains regardent les tableaux. D'autres observent les meubles. Moi, je regarde presque toujours la bibliothèque. Pas pour compter les livres. Ni pour vérifier si leurs auteurs correspondent à mes goûts. Je la regarde parce qu'une bibliothèque raconte souvent une histoire silencieuse. Elle dit quelque chose de notre manière d'habiter le monde.
Une autobiographie en désordre
Contrairement aux réseaux sociaux, une bibliothèque ne cherche pas à convaincre. Elle accumule. Elle oublie. Elle conserve. On y trouve des romans dont certaines phrases sont soulignées et accompagnées d'annotations parfois sibyllines, un vieux Gaffiot ou des manuels d'ancien français remplis de post-it oubliés pendant la préparation des concours, un album jeunesse que l'on n'a jamais réussi à donner, un classique jamais terminé, un essai commencé avec enthousiasme puis abandonné à la moitié, le marque-page encore à l'intérieur...La liste est longue.
Aucune de ces présences n'est anodine. Ensemble, elles dessinent une forme d'autobiographie. Peut-être la plus sincère qui soit.
Les livres que nous montrons... et ceux que nous cachons
Certaines bibliothèques sont impeccablement rangées. Par couleur. Par maison d'édition. Par ordre alphabétique. D'autres débordent. Les piles s'installent sur les tables, les rebords de fenêtres, parfois même sur le sol. Aucune n'est meilleure que l'autre. Elles racontent simplement deux façons différentes de vivre avec les livres. Il y a aussi les ouvrages que l'on expose fièrement. Et ceux que l'on glisse discrètement derrière une rangée plus "respectable". Nos bibliothèques connaissent nos contradictions mieux que personne.
Les objets qui s'y invitent
Puis il y a tout ce qui n'est pas un livre. Une photographie. Une fleur séchée. Une tasse oubliée. Un coquillage. Un carnet. Une petite boîte à souvenirs. Un petit chat en céramique. Ces objets n'ont rien à faire sur une bibliothèque. Et pourtant, ils y trouvent naturellement leur place. Comme si les livres finissaient toujours par attirer autour d'eux une constellation de souvenirs. Ils ne servent à rien. Ils racontent tout.
Une bibliothèque vivante
J'aime les bibliothèques qui changent. Celles où un ouvrage disparaît parce qu'on l'a prêté. Celles où un roman arrive sans prévenir après un passage en librairie. Celles où les marque-pages ne sont jamais les mêmes. Une bibliothèque figée ressemble à un musée. Une bibliothèque vivante ressemble à une conversation.
Et si nos bibliothèques étaient inachevées ?
Peut-être est-ce cela, finalement, qui les rend si attachantes. Elles ne seront jamais terminées. Il y aura toujours un livre à découvrir. Une place à libérer. Une pile à déplacer. Un carnet à ouvrir pour garder des traces de ses dernières lectures. Un objet trouvé au hasard d'une promenade qui viendra discrètement prendre place entre deux romans. Et c'est sans doute très bien ainsi. Car une bibliothèque n'est pas seulement l'endroit où l'on range des livres.
C'est le lieu où s'accumulent les traces de toutes les personnes que nous avons été ou que nous sommes devenus en les lisant.
A droite sur l'image: ma petite figurine de liseuse offerte par une amie et sur les étagères, de la lumière douce et un petit cadre littéraire que j'ai créé.
J'ai plusieurs bibliothèques, une dans chaque pièce. Celle-ci est dans mon salon.
En ce qui concerne le rangement, il laisse sérieusement à désirer....Depuis mes déménagements, je n'ai jamais trouvé le courage (et le temps) de m'y atteler sérieusement. Procrastination.
Mon système de classement était très simple, très intuitif: je classais les livres par affinités d'auteurs: Sartre/Beauvoir- Cohen/ Pagnol - Dumas/Hugo - Sand/Flaubert...Je retrouverai un titre en une demi-seconde ! Un vrai bonheur :)
Ajouter un commentaire
Commentaires