ENSEIGNER

J’ai testé le préparateur de séances de la plateforme ÊtrePROF

Un nouvel outil assisté par intelligence artificielle pour produire un premier scénario pédagogique — à condition de ne pas confondre proposition générée et séance réellement pensée.

Depuis peu, j’ai rejoint la Team ÊtrePROF : j’y ai partagé ma fiche d’activité consacrée au « CV monstrueux » et rédigé un article intitulé « 5 idées pour faire vivre le dispositif Devoirs faits au collège ». C’est dans ce cadre que j’ai découvert le nouveau préparateur de séances proposé par la plateforme et que j’ai choisi de le tester à partir de la première séance de mon projet d’apprentissage « Poésie et voyage ». 

L’outil est encore en phase de test. Un message précise d’ailleurs que les premiers utilisateurs sont invités à évaluer le plan obtenu afin de contribuer à son amélioration. J’ai donc choisi une séance relativement simple pour cette première expérimentation : une séance de réactivation intitulée « Qu’est-ce que la poésie ? », destinée à ouvrir le projet.

Je ne cherchais pas à déléguer la conception de mon cours. Mon projet, sa problématique et sa progression existaient déjà. Je voulais plutôt observer ce que l’outil pouvait produire à partir d’un cadre précis — et déterminer s’il était capable de proposer une base réellement exploitable.

Un cadre renseigné en quelques étapes

Le préparateur récupère d’abord plusieurs informations : le niveau, la discipline, le profil général de la classe, son degré d’autonomie et l’ambiance de travail souhaitée.

J’ai indiqué une classe de 5e hétérogène, d’autonomie moyenne, dans laquelle je souhaite installer une dynamique de travail active. J’ai ensuite rattaché la séance à ma séquence « Poésie et voyage » et à l’entrée du programme consacrée à la découverte de soi, d’autrui et du monde.

À partir de ces éléments, l’outil a produit un plan de séance de cinquante minutes, accompagné d’objectifs, de critères de réussite, de propositions de différenciation et de scénarios de repli.

La séance générée repose sur quatre temps :

  1. un court « teaser » comparant un texte poétique et un texte en prose ;
  2. un jeu de dominos poétiques en binômes ;
  3. un retour collectif sur les stratégies utilisées ;
  4. une auto-évaluation individuelle.

L’objectif général consiste à réactiver les caractéristiques de la poésie et à faire repérer aux élèves plusieurs procédés : rythme, rimes, images et sonorités.

Une proposition plus détaillée que je ne l’imaginais

La première surprise vient du degré de précision.

Le document ne se limite pas à suggérer une activité. Il prévoit le matériel nécessaire, la constitution des binômes, les rôles des élèves, l’installation de la salle, l’usage d’un minuteur et même certaines formulations que le professeur pourrait employer pour relancer les groupes.

L’outil anticipe également plusieurs difficultés : élèves qui confondent poésie et prose, groupes bloqués devant une association, volume sonore trop élevé ou participation insuffisante lors de la mise en commun.

Des adaptations sont proposées pour les élèves qui rencontrent des difficultés de lecture, de concentration ou d’expression orale. Le document prévoit par exemple une réduction du nombre de cartes, une fiche de suivi simplifiée, un temps de réponse écrit sur ardoise ou une version audio des consignes.

Pour un premier jet généré en quelques minutes, l’ensemble est donc loin d’être vide.

L’idée du domino poétique me paraît particulièrement intéressante. Elle transforme une réactivation assez classique en activité de manipulation et oblige les élèves à justifier leurs associations. Le dispositif pourrait réellement trouver sa place dans ma séance, à condition de construire moi-même les cartes à partir des textes et des notions que je souhaite mobiliser.

Un premier jet, certainement pas une séance prête à l’emploi

Le document est néanmoins accompagné d’un avertissement explicite : il a été généré avec l’assistance d’un système d’intelligence artificielle, peut contenir des erreurs et ne remplace pas le jugement professionnel de l’enseignant. Cette précision n’est pas décorative. Elle décrit exactement la posture à adopter.

Plusieurs éléments demandent en effet à être repris.

Certaines formulations sont génériques. Quelques exemples littéraires méritent d’être vérifiés ou remplacés. Le document propose aussi de « faire le lien avec les séances précédentes », alors qu’il s’agit précisément de la première séance du projet.

La comparaison initiale entre poésie et prose devra également être menée avec prudence. Des élèves risqueraient vite d’en déduire qu’un poème se reconnaît nécessairement à ses vers ou à ses rimes. Or la poésie en prose, le vers libre et de nombreux textes contemporains rendent cette opposition beaucoup moins simple.

L’outil propose d’ailleurs, dans une variante plus complexe, d’introduire un poème en prose. Cette piste est intéressante, mais elle montre aussi pourquoi la séance doit être retravaillée : la question « Qu’est-ce que la poésie ? » ne peut pas recevoir une réponse purement formelle.

Enfin, le déroulé est sans doute trop chargé pour cinquante minutes. Entre le lancement, les vingt minutes de jeu, la mise en commun et l’auto-évaluation, les transitions risquent de faire disparaître le temps consacré à l’analyse réelle des textes.

Je conserverais donc la structure générale, mais j’allégerais le dispositif. L’auto-évaluation pourrait être ramenée à quelques minutes, et le retour collectif devrait rester suffisamment long pour que les élèves comprennent ce que les procédés produisent — et ne se contentent pas de les nommer.

Ce que l’outil fait bien — et ce qu’il ne fait pas

Le préparateur est utile lorsqu’il fournit une architecture provisoire.

Il peut faire apparaître une activité à laquelle je n’avais pas pensé, proposer plusieurs niveaux de difficulté ou attirer mon attention sur un problème matériel. Il joue alors un rôle de déclencheur et m’évite de repartir d’une page entièrement blanche.

En revanche, il ne connaît pas mes élèves.

Il ne sait pas quels textes ils ont déjà rencontrés, quelles notions sont réellement acquises ni quelles confusions reviennent dans ma classe. Il ne connaît pas davantage la logique profonde de mon projet, qui doit conduire progressivement du voyage réel aux mondes imaginaires, puis aux « continents intérieurs » et à l’exploration du langage.

C’est donc à moi de choisir les extraits, de construire les cartes, de corriger les imprécisions et de décider ce qui mérite réellement d’être conservé.

Autrement dit, l’outil fournit un matériau. Il ne produit pas, à lui seul, une séance.

L’intelligence artificielle entre discrètement dans le paysage enseignant

Enfin, cette expérimentation m’a intéressée pour une autre raison.

Dans les débats visibles sur les réseaux sociaux enseignants, l’intelligence artificielle est encore souvent présentée comme une menace extérieure : une technologie suspecte qui uniformiserait les pratiques, remplacerait la réflexion ou encouragerait la paresse intellectuelle.

Ces risques existent lorsque l’on utilise les réponses sans recul.

Mais pendant que les prises de position les plus spectaculaires occupent l’espace, l’IA s’installe beaucoup plus discrètement dans les outils professionnels ordinaires. Elle n’apparaît plus seulement dans une interface généraliste que l’on peut accepter ou refuser d’ouvrir. Elle est intégrée à une plateforme pédagogique connue, pensée pour les enseignants et largement relayée au sein de leur communauté professionnelle.

Le phénomène mérite d’être observé.

Il ne prouve ni que l’outil est indispensable ni que toutes ses propositions sont pertinentes. Il montre simplement que l’intelligence artificielle commence à prendre place dans le monde enseignant, parfois au cœur même des espaces que l’on considère comme les plus légitimes ou les plus rassurants.

La vraie question ne sera bientôt plus seulement : faut-il utiliser l’IA ?

Elle deviendra plutôt :

Comment préserver notre jugement professionnel lorsque l’intelligence artificielle entre progressivement dans les outils que nous utilisons déjà ?

Mon premier bilan

Je ne publierais pas la séance générée sans la modifier. Mais je ne rejetterais pas non plus ce qu’elle m’a apporté.

Le préparateur m’a fourni une structure cohérente, une idée de jeu exploitable, plusieurs pistes de différenciation et une liste utile de points de vigilance. Il m’a également permis de repérer immédiatement ce qui ne correspondait pas à ma manière d’enseigner, ce que je dois reprendre, ce à quoi je dois encore réfléchir.

C’est probablement là que réside, pour moi, son intérêt principal.

Une proposition générée ne vaut pas parce qu’elle serait immédiatement juste. Elle peut devenir utile parce qu’elle donne quelque chose à examiner, à contester, à simplifier et à reconstruire.

Je garderai donc le principe du domino poétique, mais j’en réécrirai les contenus. Je réduirai le déroulement. Je choisirai mes propres textes et je ferai de la question « Qu’est-ce que la poésie ? » non pas un exercice de reconnaissance, mais le début d’une réflexion qui accompagnera les élèves pendant toute la période.

L’intelligence artificielle aura contribué à produire le premier brouillon.

La séance, elle, restera à construire.

 

Malgré la lassitude, les difficultés, les remises en questions, les interrogations incessantes, les doutes, gardons en mémoire que les petites graines que nous semons fructifieront dans le printemps de cette jeunesse

Travaux d'élèves

Si vous me suivez sur Instagram, vous avez pu il y a quelque temps découvrir les travaux de mes élèves de 6e dans le cadre du chapitre sur les monstres et sur l'Odyssée (les liens Canva modifiables sont répertoriées dans mon linktr.ee).Je vous en donne quelques visuels ici. 

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Abécédaire 

bilan sur l'Odyssée

Enseigner au quotidien

Un joyeux bordel

Mon fils et mes élèves rient et me taquinent souvent à ce propos. Mon bureau fait toujours face à un amoncellement de copies, de pots à crayons, de carnets, de livres, de post-it de toutes les couleurs et....de mugs ! ;)) Je m'efforce d'être plus ordonnée au quotidien mais c'est souvent quand tout est lisse et rangé que  je ne retrouve plus mes affaires !:)) En somme, mon bureau, ma salle de classe, ma maison sont à mon image: c'est mon côté bohème !