BRODERIES de MARJANE SATRAPI
Pour ceux et celles qui me suivent sur Instagram, vous savez à quel point la cause des femmes, et en particulier des femmes iraniennes, me tient à coeur. On connaît bien Persépolis (j'en parle à mes 3e tous les ans et/ou j'en étudie des planches) mais on connaît moins ce petit bijou, qui est en fait une sorte de parenthèse légère et désopilante de l'autobiographie de Marjane. En revanche, attention ! la crudité des dialogues nous interdira cette fois d'en faire l'usage en classe ;)))) Ceci est pour NOUS et uniquement pour NOUS.
Après un déjeuner familial, les hommes sont envoyés faire la sieste et les femmes (Marjane, sa fabuleuse grand-mère, sa mère, des tantes et des amies de la famille) s'attablent autour du samovar pour boire le thé. On croirait pénétrer dans un hammam en pénétrant dans l'intimité de ces femmes qui "ventilent leur coeur" (c'est l'expression que la grand-mère emploie) en choisissant d'autopsier les rapports hommes-femmes dans l'Iran des années 80. En effet, ce petit roman graphique est une satire truculente du mariage. Le titre, "Broderies", m'avait interpellée. En fait, il renvoie à l'opération de resserrement du vagin avant le mariage conseillé par les femmes aux autres femmes pour échapper à l'opprobre en cas de perte de virginité précoce...qui en dit long sur les contraintes et les épouvantables règles de conduite qu'on imposait aux jeunes filles en Iran. Ce symbole a également de fortes résonances culturelles; c'est d'abord le symbole de l'activité féminine par excellence depuis le Moyen âge, cristallisant les prétendues soumission, discrétion et pudeur féminines. Mais c'est ensuite, et c'est là que ça devient littéralement brillant, le symbole de la patience et de la ruse de Pénélope, qui tisse le linceul de Laërte pour échapper aux libidineux et cupides prétendants. Enfin, les "broderies" sont aussi et peut-être surtout les conversations de femmes qui se "brodent", filant entre femmes des confidences dont les hommes sont exclus et qui leur permettent de se ménager un espace de sororité et de liberté.
Une petite pépite, que je vous conseille vivement si vous voulez passer un bon moment et pénétrer à nouveau dans l'univers de Persépolis par la petite porte, celle d'une communauté de femmes fortes, courageuses et sensibles dans un monde qui tente de les faire taire.
MES COUPS DE COEUR LITTERAIRES
Bienvenue sur la page dédiée à mes chroniques littéraires, le cœur battant de mon blog. Ici, chaque mot est une invitation à l'évasion, une porte ouverte sur des mondes de papier et des pensées profondes. Venez découvrir les lectures qui me passionnent et qui, je l'espère, vous passionneront aussi.
ETTY HILLESUM, Une Vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork
Esther (dite “Etty”) est née dans dans une famille juive laïque en 1914. Fille de Louis Hillesum, docteur en Lettres classiques, et de Rébecca Bernstein elle, allie la curiosité intellectuelle de son père au caractère passionné de sa mère. Elle a deux frères, Jacob (Jaap), étudiant en médecine, et Michael (Misha), enfant prodige, qui fera une courte mais brillante carrière de concertiste. Ses deux frères sont psychologiquement fragiles et Misha doit se faire soigner pour schizophrénie. Après une scolarité peu brillante au lycée dont son père était le proviseur, Etty fait des études de droit et obtient une maîtrise, en parallèle de l’étude du russe, ce qui lui permet de donner des leçons particulières pour gagner un peu d’argent. Elle mène une vie insouciante et délurée, jalonnée de relations amoureuses peu ordinaires avec des hommes toujours beaucoup plus âgés qu’elle. Elle est entourée d’amis, des intellectuels de gauche et opposants au fascisme, apprend l’hébreu et redécouvre dans le contexte sombre de la fin des années 30, les liens avec son “peuple”, de manière plus profonde. Elle développe à ce moment-là une foi très personnelle, teintée de mysticisme, en marge de toute religion établie. Sa rencontre avec le psychologue jungien Julien Spier en 1941 est décisive. Elle devient sa patiente, son élève, sa secrétaire, son amie de cœur et son amante. C’est sa première consultation avec ce charismatique chirologue qui la détermine à commencer son Journal. Lorsque les lois anti-juives puis la déportation s’intensifient, elle bénéficie grâce à ses relations d’un statut privilégié au sein du Conseil juif mais développe un terrible sentiment de culpabilité qui la pousse à demander son transfert au camp de Westerbrück pour y apporter de l’aide sociale aux déportés. Mais en juillet 1943, les autorités allemandes décident de mettre fin au statut particulier des quelque cent vingt membres du Conseil juif présents au camp et de réduire en même temps leurs activités. La déportation et l’extermination sont désormais inévitables. Elle refuse que ses amis l’aident à se cacher. et choisit de demeurer au camp parce que ses parents et son frère Mischa, victimes de la grande rafle des 20 et 21 juin, y sont arrivés entre-temps. Elle meurt peu après son transfert à Auschwitz, le 30 novembre 1943.
La vie et l’oeuvre de Etty Hillesum présente à mon sens un triple intérêt pour les lecteurs: à la fois littéraire (son journal recèle de purs joyaux de poésie), historique (on y apprend beaucoup sur le rôle des Conseils juifs pendant la Shoah), mais aussi éthique et métaphysique (il s’agit aussi et peut-être surtout de l’étonnant cheminement intérieur d’une personnalité hors-normes, qui échappe à toutes les “cases”). Depuis quelque temps, on assiste à une volonté de (re)mettre en lumière cette femme fascinante, dont la courte vie a suscité lors de la publication de son Journal, autant d’admiration que de ferveur. Lynn Adler lui a récemment consacré un épisode dans le podcast “Femmes d’exception” sur Radio France.
Lorsque j'ai découvert Etty, en 2015, j'ai vécu une véritable épiphanie. Méconnue voire complètement inconnue du grand public, cette femme mérite pourtant de sortir de l'ombre. J'ai le projet (pas encore abouti mais je m'y attelle ;)) d'écrire le scénario de son Journal pour en faire un roman graphique.
“J’observe les êtres comme on passe en revue des plantations et je constate jusqu’où lève en eux l’herbe de l’humanité”
"Toutes mes impressions sont là, comme des étoiles scintillant sur le velours sombre de ma mémoire"
"On voudrait être un baume versé sur tant de plaies"
Etty Hillesum

Ma passion au fil des pages
L'écriture de mes chroniques me fait particulièrement vibrer lorsqu'il s'agit de mettre en lumière les femmes artistes. Les essais, les biographies et les romans graphiques – surtout ceux qui adaptent des œuvres littéraires ou racontent des vies ou des tranches de vie sous une forme romancée – sont des genres qui me passionnent particulièrement. J' aime aussi réhabiliter les romans classiques, souvent délaissés car jugés poussiéreux, qui recèlent pourtant de véritables joyaux. La poésie, et en particulier celle des femmes, occupe également une place de choix. En somme, en tant qu'addict à la lecture, je dévore et chronique tout ce qui éveille ma curiosité !

L'étincelle de la découverte
Mon plus grand souhait est de vous transmettre l' envie de découvrir les livres que je choisis de vous présenter. Chaque chronique est pensée comme un tremplin vers votre propre exploration littéraire.

Des coups de cœur authentiques
Mes chroniques naissent toujours d'un véritable coup de cœur. Je ne me force jamais. Cette approche garantit une sincérité et une passion palpable à chaque ligne. Je suis passionnée par la littérature, et c'est cette flamme authentique que je partage, faisant de chaque chronique une recommandation personnelle et chaleureuse, loin des critiques conventionnelles.