CHRONIQUES LITTERAIRES


Morgane d’Emanuele Arioli : retrouver la fée derrière les fragments

Fée puissante, sorcière savante, femme libre : le sous-titre choisi par Emanuele Arioli annonce immédiatement l’ambition de son ouvrage consacré à l’une des figures les plus fascinantes et les plus insaisissables de la matière arthurienne.

Morgane appartient à ces personnages que tout le monde croit connaître. Sœur du roi Arthur, magicienne, guérisseuse, ennemie de Guenièvre, protectrice ou adversaire des chevaliers selon les récits, elle a traversé les siècles sous des visages parfois contradictoires. La tradition moderne l’a souvent réduite au rôle de la sorcière de l'ombre, malveillante, jalouse et manipulatrice, opposée au monde lumineux de la Table ronde.

Le premier mérite du livre d’Emanuele Arioli est précisément de montrer qu’il n’existe pas une Morgane unique, mais une constellation de figures dispersées dans les manuscrits médiévaux.

Une œuvre constituée de fragments

Médiéviste reconnu, Emanuele Arioli a mené un travail de recherche considérable pour retrouver les différentes apparitions de Morgane dans les textes du Moyen Âge.

L’œuvre est donc, par nature, fragmentaire. Morgane ne possède pas un récit continu qui raconterait sa naissance, son évolution et son destin selon une progression cohérente. Elle surgit dans des épisodes éloignés les uns des autres, au sein de manuscrits qui ne lui accordent ni la même fonction ni le même caractère.

Arioli rassemble ces pièces dispersées comme on reconstituerait un puzzle dont une partie des éléments aurait été perdue. Chaque chapitre s’appuie sur le fragment d'un manuscrit médiéval, précédé d’un texte d’introduction qui le replace dans son contexte, puis accompagné d’un commentaire permettant d’en éclairer les enjeux.

Cette construction constitue la véritable richesse du livre. Elle donne accès à une tradition littéraire complexe sans effacer ses ruptures, ses contradictions ni ses zones d’ombre.

Morgane apparaît tour à tour comme une femme savante, une guérisseuse, une magicienne, une amante, une rivale ou une souveraine. Sa puissance ne repose pas uniquement sur la magie : elle maîtrise les savoirs, connaît les plantes et les corps, soigne les blessures et circule entre le monde des hommes et celui de l’Autre Monde.

Le lecteur comprend progressivement que l’image tardive de la « méchante sorcière » ne suffit pas à rendre compte de la richesse du personnage.

Rendre la parole à Morgane

À la fin de chaque chapitre, Emanuele Arioli ajoute un poème dans lequel Morgane prend elle-même la parole.

Le dispositif est séduisant. Après avoir été décrite, commentée et jugée par les auteurs médiévaux, la fée semble enfin pouvoir raconter sa propre histoire. Ces textes poétiques créent une continuité sensible entre des fragments qui, autrement, resteraient séparés.

Ils donnent aussi à l’ensemble une tonalité très romantique. Morgane devient une voix blessée, solitaire, puissante et consciente de la manière dont les récits des hommes l’ont progressivement enfermée dans un rôle.

Cette mise en scène rend la lecture fluide et donne une unité au livre. Elle participe également au mouvement contemporain de réhabilitation de certaines grandes figures féminines longtemps considérées comme dangereuses, coupables ou moralement ambiguës.

On pense notamment à Milady, à laquelle Adélaïde de Clermont-Tonnerre a récemment rendu toute son épaisseur romanesque dans son très beau roman, Je voulais vivre. Dans les deux cas, il s’agit de regarder derrière la condamnation traditionnelle pour retrouver une femme que les récits dominants ont peut-être trop rapidement transformée en monstre.

Sortir Morgane de son rôle de « méchante »

Cette volonté de déplacer le regard me paraît légitime et féconde.

Morgane mérite incontestablement mieux que l’image simplifiée de l’ennemie d’Arthur ou de la sorcière jalouse. Les textes réunis par Arioli montrent qu’elle a occupé des fonctions bien plus variées et parfois essentielles dans les récits arthuriens.

Elle incarne notamment une forme de savoir féminin qui inquiète autant qu’il fascine. Elle possède des connaissances auxquelles les chevaliers n’ont pas accès et détient un pouvoir qui ne dépend ni d’un époux ni d’une autorité masculine.

À ce titre, elle constitue une figure profondément ambivalente : elle soigne et menace, protège et se venge, attire et effraie. C’est précisément cette ambiguïté qui la rend intéressante.

La faire sortir du rôle de la « méchante » ne consiste donc pas à nier sa violence ou ses contradictions, mais à refuser qu’elles soient les seuls éléments retenus par la mémoire collective.

Une « femme libre » ?

C’est pourtant à cet endroit que mes réserves commencent.

Le sous-titre présente Morgane comme une « femme libre ». Or cette affirmation me semble plus contemporaine que véritablement démontrée par les textes rassemblés.

Morgane demeure dépendante des manuscrits médiévaux qui la font apparaître. Elle n’existe que dans des récits écrits depuis des perspectives multiples, souvent masculines, qui lui accordent des rôles très différents et parfois peu valorisants.

Certains fragments la montrent puissante et savante. D’autres la rendent ridicule, excessive ou empêtrée dans des rivalités qui ressemblent davantage à des « querelles de bonnes femmes » qu’à l’affirmation d’une véritable indépendance. Elle peut être moquée, déconsidérée ou réduite à la frustration amoureuse et à la jalousie.

Ces passages ne détruisent pas l’intérêt du personnage. Ils rappellent simplement qu’il est difficile de transformer sans réserve Morgane en icône féministe contemporaine.

Elle est libre par certains aspects : elle possède des savoirs, agit, désire et échappe partiellement aux normes imposées aux autres femmes. Mais elle reste aussi enfermée dans la représentation que les textes médiévaux construisent d’elle.

La tension aurait sans doute mérité d’être davantage conservée.

Entre recherche et réécriture

Emanuele Arioli ne propose pas véritablement une réécriture de la légende.

Il compile, ordonne, présente et commente des textes anciens. Les poèmes ajoutés à la fin des chapitres offrent une voix à Morgane, mais ils ne suffisent pas à construire un récit nouveau dans lequel elle pourrait réellement se dégager des manuscrits qui l’ont façonnée.

C’est précisément ce qui crée, à mes yeux, une certaine hésitation dans le projet.

Le livre revendique la rigueur du travail médiéviste tout en donnant à Morgane une mise en scène très romanesque et très contemporaine. L’ouvrage semble vouloir démontrer qu’une femme libre et presque moderne se cachait déjà derrière les fragments, alors que ceux-ci dessinent une figure beaucoup plus instable.

J’aurais été davantage convaincue par l’un de ces deux choix pleinement assumés :

soit conserver le caractère fragmentaire et contradictoire de la tradition, sans chercher à unifier Morgane sous une identité contemporaine ;

soit proposer une véritable réécriture, capable de prendre ses distances avec les sources médiévales et d’inventer une Morgane qui reprendrait consciemment possession de son histoire.

Le livre demeure entre ces deux gestes.

Une enquête passionnante, une réhabilitation plus discutable

Morgane reste un ouvrage précieux pour découvrir l’extraordinaire richesse d’un personnage trop souvent réduit à quelques clichés.

Le travail d’Emanuele Arioli impressionne par son ampleur. Il rend accessibles des textes dispersés, fait apparaître leurs échos et permet au lecteur de mesurer combien les légendes médiévales sont mouvantes, contradictoires et constamment réinventées.

J’ai également apprécié la volonté de rendre à Morgane sa complexité et de rappeler que son savoir, sa puissance et son rôle dans la matière arthurienne ne peuvent être effacés au profit de la seule figure de la sorcière malveillante.

Je reste en revanche moins convaincue par la manière dont l’ouvrage tente parfois de faire d’elle une héroïne féministe avant l’heure.

Morgane est certainement plus libre que beaucoup de femmes de son univers. Mais elle est aussi prisonnière des textes qui la représentent, de leurs contradictions et du regard qu’ils portent sur elle.

C’est peut-être moins une icône contemporaine qu’une figure profondément médiévale : fascinante parce qu’elle ne se laisse jamais entièrement saisir, ni enfermer dans le rôle de la méchante, ni transformer sans résistance en symbole de l’émancipation féminine.

Et c’est précisément cette part d’ombre, d’instabilité et d’inachèvement qui continue à la rendre si puissamment romanesque.

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Invisibles : rendre aux femmes leur place dans les mythes

Il suffit parfois de changer de filtre pour que tout un récit se transforme.

C’est précisément ce que propose Invisibles, l’album d’Anne Arzelus publié chez Casterman. À première vue, les pages nous présentent les grandes figures masculines de la mythologie grecque : Agamemnon, Apollon, Achille, Hadès, Ulysse, Pâris, Persée, Prométhée, Thésée ou Zeus. Autant de noms devenus presque familiers, transmis de génération en génération comme s’ils suffisaient à raconter, à eux seuls, les mythes antiques.

Mais un filtre rouge, glissé entre les pages, vient judicieusement décaler cette première lecture. En le superposant aux illustrations et aux textes, le lecteur fait apparaître d’autres silhouettes, d’autres noms et surtout d’autres histoires : celles des femmes que la tradition a reléguées à l’arrière-plan.

Des femmes absentes… ou rendues invisibles ?

Le titre de l’album est particulièrement juste. Les femmes dont il est question n’étaient pas réellement absentes des mythes. Elles étaient présentes, parfois même indispensables au déroulement de l’action, mais leur rôle a souvent été réduit, simplifié ou placé dans l’ombre de celui des héros masculins.

Ulysse aurait-il accompli son odyssée sans l’intervention de Circé ? Thésée aurait-il vaincu le Minotaure sans l’ingéniosité d’Ariane ? Peut-on raconter le retour d’Agamemnon sans évoquer Iphigénie, sacrifiée par son père, puis Clytemnestre, qui refuse d’oublier ce crime ?

L’album ne cherche donc pas à ajouter artificiellement des personnages féminins à des récits qui en seraient dépourvus. Il révèle celles qui se trouvaient déjà là.

Cette nuance est essentielle : il ne s’agit pas de réécrire les mythes selon les préoccupations de notre époque, mais de les relire autrement, en interrogeant les choix opérés par la mémoire collective. Pourquoi certains personnages sont-ils devenus les protagonistes officiels de ces histoires tandis que d’autres n’en constituent plus qu’une note secondaire ?

Un dispositif visuel particulièrement intelligent

L’une des grandes réussites de l’album réside dans son dispositif graphique.

Les illustrations jouent sur une palette dominée par le rouge, le rose pâle et le bleu clair, dans un univers visuel qui évoque immédiatement les temples, les frises et les motifs de la Grèce antique. Les colonnes, les méandres, les médaillons et les silhouettes stylisées donnent à l’ensemble une identité très forte.

Mais le filtre rouge ne constitue pas un simple gadget. Il rend concrète l’idée d’invisibilisation.

Sans lui, le regard est spontanément attiré par les figures masculines. En le plaçant sur la page, certains éléments s’effacent et d’autres apparaissent. Le lecteur expérimente alors physiquement ce déplacement du regard : ce qui semblait secondaire devient central ; ce qui était dissimulé se révèle.

Le procédé invite également à revenir plusieurs fois sur la même page. On observe d’abord la version dominante du mythe, puis celle qui se cachait derrière elle. La lecture devient active, presque ludique, sans jamais perdre sa portée critique.

Agamemnon ou le récit vu depuis l’autre rive

La première double page consacrée à Agamemnon illustre parfaitement le projet de l’album.

Le roi de Mycènes est d’abord présenté comme le chef de l’armée grecque partie pour Troie. Mais l’histoire de ce héros glorieux repose aussi sur une décision terrible : afin de permettre à la flotte de reprendre la mer, il accepte de sacrifier sa propre fille Iphigénie.

Le retour du guerrier ne peut alors plus être raconté uniquement comme celui d’un chef victorieux. Il faut aussi regarder l’événement depuis le point de vue de Clytemnestre, épouse d’Agamemnon et mère de l’enfant sacrifiée.

Le geste qui pourrait être présenté, dans un récit héroïque traditionnel, comme le prix tragique exigé par les dieux devient, du côté de Clytemnestre, une faute impossible à pardonner.

L’album rappelle ainsi que tout mythe dépend aussi du regard depuis lequel on le raconte. Le héros de l’un peut devenir le bourreau de l’autre.

Les Muses : inspiratrices, mais aussi créatrices

J’ai également été particulièrement sensible aux pages consacrées aux neuf Muses.

Nous avons pris l’habitude de les évoquer comme des figures chargées d’inspirer les artistes — presque comme si leur rôle consistait uniquement à souffler des idées aux grands créateurs masculins. Invisibles rappelle qu’elles sont elles-mêmes des artistes, chacune associée à une discipline : poésie épique, histoire, musique, danse, comédie, tragédie…

Calliope ne se contente donc pas d’inspirer la poésie épique : elle en est la Muse et la voix.

Ce déplacement rejoint directement l’un de mes chevaux de bataille depuis mes débuts sur les réseaux sociaux : faire connaître les femmes artistes et lutter contre leur invisibilisation dans l’histoire de l’art et de la littérature.

Combien de femmes ont été présentées comme les compagnes, les muses, les modèles ou les assistantes d’un artiste, alors qu’elles étaient elles-mêmes créatrices ? Combien d’œuvres ont été attribuées à des hommes, ou étudiées sans que les élèves rencontrent jamais les femmes qui ont pourtant contribué à l’histoire culturelle ?

C’est aussi pour cette raison que je cherche régulièrement à mettre en lumière des autrices et des artistes comme Colette, Berthe Morisot, Artemisia Gentileschi ou Niki de Saint Phalle : non pour constituer un corpus féminin séparé, mais pour leur rendre la place qui devrait naturellement être la leur dans notre patrimoine commun.

Un support précieux pour travailler l’égalité filles-garçons

La question de l’égalité entre les filles et les garçons traverse également mon enseignement.

Elle ne prend pas nécessairement la forme d’un cours isolé ou d’un discours plaqué sur les œuvres. Elle s’inscrit dans le choix des textes, des personnages et des points de vue proposés aux élèves.

Quels héros leur présentons-nous ? Quelles formes de courage valorisons-nous ? Les filles s'identifient-elles seulement des princesses, des victimes ou des personnages destinés à aider les hommes ? Les garçons sont-ils toujours associés à la force, à l’action et à la conquête ?

Invisibles permet d’aborder ces questions sans simplifier les mythes ni opposer mécaniquement les femmes aux hommes.

L’album invite plutôt à observer la construction d’un récit : qui agit ? Qui parle ? Qui est nommé ? Qui demeure à la marge ? Que se passe-t-il lorsque l’on déplace le centre de l’histoire ?

En classe, il pourrait ainsi accompagner un travail sur les héros antiques, sur la réécriture des mythes ou sur l’évolution de la figure héroïque. Il permettrait aussi de comparer plusieurs versions d’un même épisode et de montrer aux élèves qu’un récit patrimonial n’est jamais figé : il continue à vivre parce que chaque époque le relit et l’interroge.

Ce livre a ainsi naturellement pris sa place dans ma bibliothèque de classe, aux côtés de Mythes et meufs, de Blanche Sabbah et de Culottées de Pénélope Bagieu. 

Changer de filtre pour apprendre à mieux regarder

Invisibles est donc à la fois un bel objet, un album documentaire et un outil d’éducation du regard.

Son dispositif interactif attire immédiatement la curiosité, mais il sert surtout une idée forte : les figures féminines ne manquaient pas aux récits mythologiques. C’est notre manière de les transmettre qui les a souvent reléguées dans l’ombre.

En superposant le filtre rouge, le lecteur ne découvre pas une autre mythologie.

Il découvre tout ce que la première lecture ne lui avait pas appris à voir.

Et c’est peut-être là la plus belle qualité de cet album : nous rappeler que rendre visibles les femmes ne consiste pas à effacer les héros que nous connaissons, mais à restituer aux récits leur profondeur, leur complexité et toutes les voix dont ils sont composés.

 

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BRODERIES de MARJANE SATRAPI

Pour ceux et celles qui me suivent sur Instagram, vous savez à quel point la cause des femmes, et en particulier des femmes iraniennes, me tient à coeur. On connaît bien Persépolis (j'en parle à mes 3e tous les ans et/ou j'en étudie des planches) mais on connaît moins ce petit bijou, qui est en fait une sorte de parenthèse légère et désopilante de l'autobiographie de Marjane. En revanche, attention ! la crudité des dialogues nous interdira cette fois d'en faire l'usage en classe ;)))) Ceci est pour NOUS et uniquement pour NOUS. 

Après un déjeuner familial, les hommes sont envoyés faire la sieste et les femmes (Marjane, sa fabuleuse grand-mère, sa mère, des tantes et des amies de la famille) s'attablent autour du samovar pour boire le thé. On croirait pénétrer dans un hammam en pénétrant dans l'intimité de ces femmes qui "ventilent leur coeur" (c'est l'expression que la grand-mère emploie) en choisissant d'autopsier les rapports hommes-femmes dans l'Iran des années 80. En effet, ce petit roman graphique est une satire truculente du mariage. Le titre, "Broderies", m'avait interpellée. En fait, il renvoie à l'opération de resserrement du vagin avant le mariage conseillé par les femmes aux autres femmes pour échapper à l'opprobre en cas de perte de virginité précoce...qui en dit long sur les contraintes et les épouvantables règles de conduite qu'on imposait aux jeunes filles en Iran. Ce symbole a également de fortes résonances culturelles; c'est d'abord le symbole de l'activité féminine par excellence depuis le Moyen âge, cristallisant les prétendues soumission, discrétion et pudeur féminines. Mais c'est ensuite, et c'est là que ça devient littéralement brillant, le symbole de la patience et de la ruse de Pénélope, qui tisse le linceul de Laërte pour échapper aux libidineux et cupides prétendants. Enfin, les "broderies" sont aussi et peut-être surtout les conversations de femmes qui se "brodent", filant entre femmes des confidences dont les hommes sont exclus et qui leur permettent de se ménager un espace de sororité et de liberté. 

Une petite pépite, que je vous conseille vivement si vous voulez passer un bon moment et pénétrer à nouveau dans l'univers de Persépolis par la petite porte, celle d'une communauté de femmes fortes, courageuses et sensibles dans un monde qui tente de les faire taire. 

MES COUPS DE COEUR LITTERAIRES 

Bienvenue sur la page dédiée à mes chroniques littéraires, le cœur battant de mon blog. Ici, chaque mot est une invitation à l'évasion, une porte ouverte sur des mondes de papier et des pensées profondes. Venez découvrir les lectures qui me passionnent et qui, je l'espère, vous passionneront aussi.

ETTY HILLESUM, Une Vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork

Esther (dite “Etty”) est née dans dans une famille juive laïque en 1914. Fille de Louis Hillesum, docteur en Lettres classiques, et de Rébecca Bernstein elle, allie la curiosité intellectuelle de son père au caractère passionné de sa mère. Elle a deux frères, Jacob (Jaap), étudiant en médecine, et Michael (Misha), enfant prodige, qui fera une courte mais brillante carrière de concertiste. Ses deux frères sont psychologiquement fragiles et Misha doit se faire soigner pour schizophrénie. Après une scolarité peu brillante au lycée dont son père était le proviseur, Etty fait des études de droit et obtient une maîtrise, en parallèle de l’étude du russe, ce qui lui permet de donner des leçons particulières pour gagner un peu d’argent. Elle mène une vie insouciante et délurée, jalonnée de relations amoureuses peu ordinaires avec des hommes toujours beaucoup plus âgés qu’elle. Elle est entourée d’amis, des intellectuels de gauche et opposants au fascisme, apprend l’hébreu et redécouvre dans le contexte sombre de la fin des années 30, les liens avec son “peuple”, de manière plus profonde. Elle développe à ce moment-là une foi très personnelle, teintée de mysticisme, en marge de toute religion établie. Sa rencontre avec le psychologue jungien Julien Spier en 1941 est décisive. Elle devient sa patiente, son élève, sa secrétaire, son amie de cœur et son amante. C’est sa première consultation avec ce charismatique chirologue qui la détermine à commencer son Journal. Lorsque les lois anti-juives puis la déportation s’intensifient, elle bénéficie grâce à ses relations d’un statut privilégié au sein du Conseil juif mais développe un terrible sentiment de culpabilité qui la pousse à demander son transfert au camp de Westerbrück pour y apporter de l’aide sociale aux déportés. Mais en juillet 1943, les autorités allemandes décident de mettre fin au statut particulier des quelque cent vingt membres du Conseil juif présents au camp et de réduire en même temps leurs activités. La déportation et l’extermination sont désormais inévitables. Elle refuse que ses amis l’aident à se cacher. et choisit de demeurer au camp parce que ses parents et son frère Mischa, victimes de la grande rafle des 20 et 21 juin, y sont arrivés entre-temps. Elle meurt peu après son transfert à Auschwitz, le 30 novembre 1943.

La vie et l’oeuvre de Etty Hillesum présente à mon sens un triple intérêt pour les lecteurs: à la fois littéraire (son journal recèle de purs joyaux de poésie), historique (on y apprend beaucoup sur le rôle des Conseils juifs pendant la Shoah), mais aussi éthique et métaphysique (il s’agit aussi et peut-être surtout de l’étonnant cheminement intérieur d’une personnalité hors-normes, qui échappe à toutes les “cases”). Depuis quelque temps, on assiste à une volonté de (re)mettre en lumière cette femme fascinante, dont la courte vie a suscité lors de la publication de son Journal, autant d’admiration que de ferveur. Lynn Adler lui a récemment consacré un épisode dans le podcast “Femmes d’exception” sur Radio France.

 

Lorsque j'ai découvert Etty, en 2015, j'ai vécu une véritable épiphanie. Méconnue voire complètement inconnue du grand public, cette femme mérite pourtant de sortir de l'ombre. J'ai le projet (pas encore abouti mais je m'y attelle ;)) d'écrire le scénario de son Journal pour en faire un roman graphique. 

“J’observe les êtres comme on passe en revue des plantations et je constate jusqu’où lève en eux l’herbe de l’humanité”

 

"Toutes mes impressions sont là, comme des étoiles scintillant sur le velours sombre de ma mémoire"

"On voudrait être un baume versé sur tant de plaies"

 

Etty Hillesum

 

Ma passion au fil des pages

L'écriture de mes chroniques me fait particulièrement vibrer lorsqu'il s'agit de mettre en lumière les femmes artistes. Les essais, les biographies et les romans graphiques – surtout ceux qui adaptent des œuvres littéraires ou racontent des vies ou des tranches de vie sous une forme romancée – sont des genres qui me passionnent particulièrement. J' aime aussi réhabiliter les romans classiques, souvent délaissés car jugés poussiéreux, qui recèlent pourtant de véritables joyaux. La poésie, et en particulier celle des femmes, occupe également une place de choix. En somme, en tant qu'addict à la lecture, je dévore et chronique tout ce qui éveille ma curiosité !

L'étincelle de la découverte

Mon plus grand souhait est de vous transmettre l' envie de découvrir les livres que je choisis de vous présenter. Chaque chronique est pensée comme un tremplin vers votre propre exploration littéraire.

Des coups de cœur authentiques

 Mes chroniques naissent toujours d'un véritable coup de cœur. Je ne me force jamais. Cette approche garantit une sincérité et une passion palpable à chaque ligne. Je suis  passionnée par la littérature, et c'est cette flamme authentique que je partage, faisant de chaque chronique une recommandation personnelle et chaleureuse, loin des critiques conventionnelles.