Projet d'apprentissage 5e: se déguiser au théâtre

Publié le 24 juillet 2026 à 20:08

Se déguiser au théâtre : faire rire, mais aussi faire réfléchir

Comment construire un projet d’apprentissage autour du costume, de la ruse et du renversement des rôles, tout en terminant la période par une « Mission Molière » ludique ?

Pour mon quatrième projet d’apprentissage de 5e, j’ai choisi de placer au centre une composante essentielle du spectacle théâtral : le costume.

Sur scène, un costume ne sert jamais seulement à habiller un comédien. Il renseigne le spectateur sur l’époque, le métier ou le rang social du personnage. Lorsqu’il devient déguisement, il permet aussi de dissimuler une identité, de tromper les autres personnages et de provoquer une situation nouvelle.

La problématique du projet est donc la suivante :

Pourquoi le déguisement est-il si important au théâtre ? Sert-il seulement à faire rire le public ?

Le parcours suivra un mouvement progressif : comprendre d’abord le rôle du costume, observer ensuite comment le déguisement nourrit l’intrigue comique, puis découvrir qu’il peut également remettre en question les places imposées par la société.

Du masque antique au costume de théâtre

La première partie du projet permettra de revenir sur l’histoire et les fonctions du costume.

Dans le théâtre antique, les masques rendent immédiatement visibles l’identité et les émotions des personnages. Ils permettent de distinguer un roi, un dieu, un esclave, un vieillard ou une jeune femme, mais aussi de reconnaître le registre de la pièce : les masques tragiques expriment la douleur ou la grandeur, tandis que les masques comiques accentuent les traits pour provoquer le rire.

À l’époque classique, le costume conserve cette fonction d’identification. Il permet notamment au spectateur de reconnaître les grandes figures théâtrales : le maître, le valet, le médecin ou le noble. Il participe ainsi pleinement à la mise en scène et à la compréhension de l’action.

Un prolongement cinématographique, à partir d’un extrait de Shakespeare in Love de John Madden, permettra également de rappeler une réalité du théâtre élisabéthain : les femmes ne jouaient pas sur scène et les rôles féminins étaient interprétés par des hommes ou de jeunes garçons. Le déguisement ne concernait donc pas seulement les personnages de la fiction : il appartenait au fonctionnement même du spectacle.

Se déguiser pour tromper et faire avancer l’intrigue

La deuxième étape du parcours portera sur le déguisement comme moteur de l’action.

Dans L’Amour médecin de Molière, Clitandre se déguise en médecin afin d’entrer chez Lucinde et de tromper Sganarelle, qui refuse leur mariage. Le costume lui confère immédiatement une autorité : parce qu’il paraît médecin, ses paroles sont reçues comme celles d’un savant.

Clitandre transforme alors son propre projet amoureux en prétendu traitement médical. La ruse fonctionne parce que Sganarelle ne sait pas ce que le public connaît déjà. Cette différence d’information permet d’aborder deux notions importantes : l’ironie dramatique et la double énonciation.

Le déguisement crée donc le comique, mais il permet surtout à l’intrigue de progresser : en changeant d’apparence, le personnage modifie le rapport de force et reprend le contrôle de la situation.

Avec Le Songe d’une nuit d’été, la réflexion se déplacera vers les conventions de la représentation. Pour jouer l’histoire de Pyrame et Thisbé, les artisans ont besoin d’un mur. Plutôt que de construire un décor réaliste, ils décident qu’un comédien « représentera » le Mur.

Cette solution est comique par son caractère rudimentaire, mais elle révèle également l’essence du théâtre : un costume, un geste et quelques mots peuvent suffire à créer un lieu ou un objet, à condition que le spectateur accepte d’entrer dans le jeu.

Changer de costume pour renverser les rôles

La dernière partie du cours permettra de montrer que le déguisement peut porter une dimension plus politique.

Dans Sous l’armure de Catherine Anne, Christine apprend que son père veut l’envoyer au couvent tandis que Thibault est destiné à combattre. Elle refuse la place qui lui est imposée et propose un échange :

« Obéissons chacun à la place de l’autre. »

Thibault portera sa robe et se cachera au château ; Christine prendra son épée et partira défendre la terre de ses ancêtres.

L’échange des vêtements met alors en évidence le caractère construit des rôles sociaux. Ce n’est pas une incapacité naturelle qui empêche Christine de combattre : c’est une règle fondée sur son sexe. Lorsqu’elle affirme qu’elle tient l’épée aussi bien que Thibault, elle montre que les places attribuées aux filles et aux garçons peuvent être discutées, contestées et renversées.

Le déguisement ne sert plus seulement à tromper les autres personnages. Il devient un moyen de liberté et permet au spectateur de réfléchir à l’ordre établi.

Une période organisée autour du regard du spectateur

Ce projet permettra également de construire plusieurs repères essentiels sur le théâtre :

  • le masque, le costume et la mise en scène ;
  • le rôle de l’acteur ;
  • le quiproquo et la ruse ;
  • la double énonciation ;
  • la place du public dans la construction du sens.

Les élèves devront apprendre à regarder une scène en distinguant plusieurs niveaux : ce que sait le personnage, ce que sait le spectateur, ce que montre le costume et ce que le déguisement cherche à dissimuler.

Les lectures cursives proposées, Il faut sauver Molière de Nathalie Somers et Molière vu par une ado de Chadia Loueslati, prolongeront cette découverte du théâtre et de son histoire sous des formes plus narratives.

Des projets finaux pour passer de l’analyse à la création

À la fin de la période, plusieurs productions permettront de réinvestir les apprentissages.

Les élèves pourront d’abord écrire la critique d’une scène de théâtre, en donnant une opinion argumentée sur la mise en scène, le jeu des comédiens ou les costumes.

Ils créeront et présenteront également une affiche, dans une activité à dominante orale.

Enfin, un atelier de création de costumes sera mené à partir d’un extrait de La Reine Alceste revient de Jean-Dominique Bouvot. Les élèves devront imaginer une proposition visuelle cohérente avec le personnage et être capables d’expliquer leurs choix : couleurs, formes, matières, accessoires et symboles.

Le costume deviendra ainsi un véritable langage scénique, porteur d’informations et d’interprétations.

« Mission Molière » : un bilan ludique entre ruses, rimes et répliques

Pour terminer la période, je proposerai le bilan du Livre scolaire intitulé :

Mission Molière : ruses, rimes et répliques !

Le scénario place les élèves dans une salle de théâtre lorsque Sganarelle surgit sur scène : les vers se sont mélangés, les répliques sont en désordre et les effets comiques ne fonctionnent plus. Pour remettre de l’ordre dans les œuvres de Molière, les élèves doivent franchir cinq épreuves. NB: les élèves ont acheté le cahier d'exercices en début d'année. 

Épreuve 1 : les strophes brisées

Les élèves reconstituent des strophes en respectant différents schémas de rimes, notamment les rimes croisées et les rimes embrassées.

Cette première étape réactive les connaissances acquises lors du projet consacré à la poésie.

Épreuve 2 : les vers à contretemps

Ils doivent ensuite relier plusieurs vers à leur mètre : hexasyllabe, octosyllabe ou alexandrin, avant de retrouver le nom du vers de dix syllabes.

La lecture à voix haute et le comptage syllabique permettent ici de remettre le rythme au cœur de l’activité.

Épreuve 3 : le quatrain interdit

Les élèves composent une strophe de quatre vers sur le thème de l’amour interdit, en respectant deux contraintes : des rimes plates et une allitération.

Cette épreuve articule révision et écriture créative.

Épreuve 4 : à la poursuite du rire

À partir de situations tirées de L’Avare, les élèves identifient différents procédés comiques : répétition, geste ou caractère.

Ils ne se contentent donc pas de reconnaître qu’une scène est drôle : ils doivent expliquer comment le rire est produit.

Épreuve 5 : le clou du spectacle

La dernière activité s’appuie sur un extrait des Fourberies de Scapin. Les élèves recopient plusieurs répliques, complètent le dialogue par des didascalies, puis apprennent le passage pour le jouer.

Le bilan se termine ainsi sur ce qui constitue la véritable destination du texte théâtral : la représentation.

Un bilan qui relie les différents apprentissages

La « Mission Molière » ne porte pas uniquement sur le contenu du quatrième projet. Elle permet également de réactiver des notions étudiées plus tôt dans l’année : les rimes, les mètres, les sonorités et l’écriture poétique.

Cette articulation me paraît importante. Les apprentissages ne doivent pas disparaître avec la fin d’une période : ils sont repris dans un autre contexte et mis au service de nouvelles compétences.

Le passage progressif de la reconstitution à la création, puis à l’interprétation scénique, permet en outre de varier les gestes demandés aux élèves : observer, compter, classer, écrire, justifier et jouer.

Faire du déguisement un objet de réflexion

Avec ce quatrième projet, je souhaite finalement dépasser l’image du déguisement comme simple ressort comique.

Certes, le changement d’identité provoque des malentendus, crée une complicité avec le public et nourrit les ruses théâtrales. Mais il révèle aussi la fragilité des apparences et des rôles.

Un faux médecin peut devenir plus crédible qu’un père aveuglé par son autorité. Un acteur peut devenir un mur. Une jeune fille peut prendre l’épée tandis qu’un garçon revêt sa robe.

Le théâtre nous rappelle alors que les identités sociales reposent souvent sur des signes, des habitudes et des conventions.

En changeant de costume, les personnages ne deviennent pas seulement quelqu’un d’autre : ils nous invitent à regarder autrement la place que chacun occupe dans le monde.

 

 

-> Double page du bilan ludique proposé pour clôturer la séquence (cahier d'exercices Le Livre scolaire 5e, 2026).  

C'est la deuxième année que je je demande à mes élèves d'acheter le cahier d'exercices du Livre scolaire: il me sert principalement à les faire travailler en autonomie sur les notions vues en classe lors des chantiers de grammaire. Les exercices réguliers sont à mon sens le seul moyen vraiment efficace de fixer leurs connaissances. Un chantier de grammaire, même particulièrement réussi pédagogiquement, ne suffit jamais.  Les rituels et l'entraînement fréquent par les exercices sont pour moi essentiels.


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